#2: L'Association canadienne des sports en fauteuil roulant dans les années 1970

Écrit par Laurel Crosby

Pour l'Association canadienne des sports en fauteuil roulant (ACSFR), les années 1970 pourraient se définir comme la décennie des défis, de la croissance, du développement et du changement. Parmi ces défis, on trouvait le mandat de l'organisation, l'instabilité financière, le recrutement et la rétention des bénévoles, l'identification de nouveaux athlètes, et la création d'un groupe parapluie qui superviserait toutes les organisations nationales de sports pour athlètes ayant un handicap.

Au début des années 1970, l'ACSFR avait des problèmes en ce qui concerne son mandat : était-ce une organisation sportive, ou bien une organisation de sports et de loisirs? À cette époque, le volet de loisirs de l'ACSFR était important, avec des activités comme le cribbage, les échecs, les dames, la photographie et la rédaction de discours. Le conseil d'administration considérait que l'inclusion de ces activités était problématique, mais elles ont quand même réussi à devenir une composante officielle de la mission de l'ACSFR au début de la décennie. Et cette composante d'activités de loisirs a continué au cours de ces premières années, le conseil d'administration de l'ACSFR sanctionnant officiellement ces activités de loisir à l'occasion de compétitions nationales. Cependant, l'essor du développement spécifique aux sports, qui a pris place plus tard dans la décennie, a marqué le retrait des loisirs au sein de la sphère d'activités programmées par l'ACSFR. Pour certains, l'inclusion d'activités de loisir abaissait l'image du sport, et nuisait au statut de l'organisation à titre de organisme national directeur de sports d'élite, si bien que ces activités de loisir ont bientôt été remplacées par de nouveaux sports comme le volleyball, la dartchery, le slalom, le tennis de table, et le murderball.

L'ACSFR a dû faire face à de nouveaux défis financiers pendant toute la décennie. Lors de ses premières années, l'ACSFR qui devait affronter un sérieux manque de fonds, a dû avoir recours à des initiatives de financement particulières, comme ramasser des capsules de bière pour les revendre aux brasseries, ou mettre à l'encan des voitures de collection Bricklin achetées par Gary McPherson. Mais au fur et à mesure que l'organisation grandissait, les subventions fédérales augmentaient, tout comme les autres occasions de financement avec la Banque Royale du Canada ou la Fondation en mémoire d'Ada Mackenzie. Malheureusement, à l'approche de la fin de la décennie, l'ACSFR  a de nouveau dû faire face à des défis financiers importants, à cause de la diminution des subventions fédérales pour les compétitions nationales, de la fin de l'accès au financement par l'entremise des loteries, et e l'instabilité et e l'inconstance du soutien du gouvernement fédéral, alors que les partis politiques et les ministres des sports ont beaucoup changé pendant une courte période de temps. Une fois encore, la collecte de fonds est devenue une priorité pour l'ACSFR.

Au fil des ans, le recrutement et la rétention des bénévoles sont devenus une préoccupation pour l'organisation. Même si certains des bénévoles étaient très engagés envers l'ACSFR, et en fait se retrouvaient surmenés à cause de leur dévouement, apparemment on pensait que certains autres n'avaient pas le niveau suffisant d'engagement. L'ACSFR a donc reconnu le besoin de recruter des bénévoles, de leur accorder la reconnaissance qui leur était dûe, et de les garder au sein de l'organisation.

Le recrutement des athlètes est également devenu un problème pour l'ACSFR au cours des années 1970. Étant donné qu'il y avait de moins en moins de personnes atteintes de poliomyélite, ou de militaires blessés, l'ACSFR a dû modifier ses stratégies de recrutement, en ne recherchant plus seulement les personnes atteintes de lésions médullaires, mais aussi des amputés ou des personnes souffrant de sclérose en plaques. Suite à l'inclusion d'autres athlètes que ceux atteints de lésions médullaires, il a fallu créer un nouveau système de classification. L'ajout de ces athlètes a eu un gros impact sur l'ACSFR, ainsi que sur les sports pour les personnes ayant un handicap, aussi bien au Canada que sur le plan international.

L'ACSFR n'a pas été la seule organisation consacrée aux athlètes ayant un handicap qui a connu une forte croissance dans les années 1970. De nouvelles organisation nationales de sports pour les personnes ayant un handicap ont été créées, comme l'Association canadienne des sports pour amputés, l'Association canadienne des sports pour personnes aveugles, l'Association canadienne des sports pour skieurs handicapés, et l'Association canadienne de sports pour paralytiques cérébraux. Cela a procuré aux athlètes ayant un handicap de plus nombreuses occasions de participer à des compétitions sportives, et a suscité la création d'un nouveau modèle pour les jeux nationaux multisports. Le gouvernement fédéral, reconnaissant et soutenant ces compétitions multisports pour athlètes ayant un handicap, a mis sur pied une organisation parapluie chargée de superviser ces organismes de sports pour les athlètes ayant un handicap. Initialement baptisé le Comité de coordination des sports pour les personnes handicapées (CC-SPH), ce Comité est éventuellement devenu la Fédération canadienne des organisations de sport pour handicapés (FCOSH). Et aujourd'hui, on connaît cet organisme sous le nom de Comité paralympique canadien (CPC).

Vers la fin des années 1970, l'ACSFR avait connu une croissance exceptionnelle et de nombreux changements. Le volet d'activités de loisirs des premières années avait été remplacé par de nouveaux sports, on offrait maintenant aux athlètes de nombreuses occasions de participer à des compétitions nationales et internationales, et la sensibilisation du grand public aux athlètes ayant un handicap continuait d'augmenter grâce à des événements comme la Torontolympiad. On commençait aussi à parler de l'inclusion des athlètes ayant un handicap au sein du système sportif des athlètes valides. Cependant, l'ACSFR avait complètement bouclé un cycle de financement, et elle est entrée dans les années 1980 au plein milieu d'une nouvelle crise de financement.