#7: Dr. Robert W. Jackson

par Dr. Bob Steadward et Marilyn Jackson

Bob et Marilyn Jackson se sont mariés le 14 juin 1961. Et le lendemain, ils se sont envolés pour l'Angleterre, où Bob suivait des cours d'orthopédie au Royal National Orthopaedic Hospital à Stanmore et à Londres, ainsi qu'à la British Royal Infirmary à Bristol, en Angleterre.

Pendant ces études, Bob a entendu parler des Jeux internationaux de Stoke Mandeville, auxquels Marilyn et lui décidèrent d'assister. Ce fut pour eux une expérience fantastique, mais ils furent déçus que le Canada n'y soit pas représenté. Après les Jeux, Bob a rencontré le Dr. Ludwig Guttmann, le fondateur des Jeux de Stoke Mandeville, et celui-ci a expliqué à Bob que Stoke avait essayé d'obtenir la participation du Canada, mais que personne n'avait encore assumé la tâche d'organiser une équipe. Et ce fut à ce moment que, pour la première fois, Bob a promis au Dr. Guttmann que dès son retour au Canada, à la fin de ses études, il mettrait sur pied une équipe nationale pour le Canada.

À l'été 1964, Bob et Marilyn se sont retrouvés au Japon, où Bob travaillait avec le Dr. Watanabe, un médecin japonais qui utilisait un arthroscope, un instrument qui lui servait à diagnostiquer les problèmes de genoux. Il se réunissaient tous les deux plusieurs fois par semaine, Bob enseignant l'anglais au Dr. Watanabe, tandis que le Dr. Watanabe montrait à Bob comment il utilisait son arthroscope. À son retour au Canada, Bob est devenu captivé par l'arthroscope, et il a commencé à concevoir de nouveaux instruments similaires. En bout de ligne, ses arthroscopes ont été utilisés non seulement pour diagnostiquer les problèmes de genoux, mais aussi pour les corriger directement grâce à des chirurgies.  Bob a reçu l'Ordre du Canada pour ses travaux sur les arthroscopes et pour ses interventions auprès des personnes ayant un handicap.


Dr. Robert W. Jackson using the arthroscope on a patient

Durant son séjour au Japon, Bob a également offert ses services à l'organisation olympique canadienne, à titre d'expert-conseil en orthopédie, pendant les Jeux olympiques de Tokyo. Après ces Jeux olympiques, des Jeux paralympiques ont été organisés, et Bob et Marilyn ont décidé d'y assister. Et Bob s'est à nouveau assis avec le Dr. Guttmann, lui renouvelant sa promesse de mettre sur pied une équipe paralympique canadienne pour les Jeux paralympiques de 1968 à Tel Aviv.

Bob a toujours été actif dans le domaine du sport, et il a travaillé avec de nombreuses personnes ayant un handicap dans le cadre de sa pratique médicale, mais cela n'en faisait pas pour autant un choix évident pour devenir le pionnier des sports en fauteuil roulant au Canada. Il n'avait en effet aucun contact avec la communauté sportive, il n'avait jamais travaillé avec un athlète ayant un handicap, et il n'avait jamais non plus joué le rôle d'entraîneur. Sa seule qualification pour cette tâche était sa ferme détermination personnelle.

Bob a repris sa promesse début 1967, comme un projet personnel du Centenaire. En collaboration avec un expert-conseil en éducation physique et avec sa femme Marilyn, il a demandé à plusieurs de ses patients ayant un handicap de participer à une séance d'entraînement. C'est ainsi que quatorze de ses patients en fauteuil roulant sont arrivés au Stade Varsity de l'Université de Toronto par un beau samedi après-midi du mois de mai. Marilyn a chronométré plusieurs courses, l'expert-conseil a organisé des exercices de callisthénie, et Bob s'est essayé au rôle d'entraîneur. Et à la fin de la séance, Bob a demandé à tout le monde de revenir la semaine d'après, à quoi tout le monde a répondu «Excellent! Est-ce qu'on peut amener d'autre monde?». Si bien que le samedi suivant, environ trente athlètes ont participé à la séance, et que la semaine d'après ils étaient quarante-cinq.

Au cours du même été, Bobo a entendu que d'autres clubs se formaient à Winnipeg, Vancouver, Edmonton, Halifax et Montréal pour les athlètes ayant un handicap. Et il n'a pas fallu longtemps aux organisateurs de ces six centres pour commencer à communiquer illégalement par les réseaux de radio amateur. Et malgré l'électricité statique et les interférences, une demi-douzaine de Canadiens, à des milliers de kilomètres les uns des autres, ont planifié les premiers Jeux panaméricains pour paraplégiques, qui ont eu lieu après les Jeux panaméricains pour athlètes valides, à Winnipeg, au moins d'août 1967. Cet événement a été un succès retentissant, qui a mené à l'organisation des Jeux paraplégiques du Centenaire de 1967 à Montréal, qui ont duré une semaine. Et c'est là que le groupe des communications de radio amateur du samedi, est officiellement devenu l'Association canadienne des sports en fauteuil roulant, dont Bob a été élu président fondateur.


Dr. Robert W. Jackson (back row, center) with Canadian Athletes at the 1967 Pan Am Games

Bob a été le gérant de l'équipe qui a représenté le commentaire aux Jeux de Tel Aviv de 1968, et aussi celui de l'équipe paralympique de 1972, qui a participé aux 21èmes Jeux internationaux de Stoke Mandeville qui ont eu lieu à Heidelberg avant les Jeux olympiques de Munich. Puis, il a assumé la tâche de coordonnateur et d'hôte aux Jeux paralympiques de Toronto de 1976, qui ont suivi les Jeux olympiques de Montréal. Ces Jeux, surnommés la «Torontolympiade», ont réuni 1 600 athlètes et 900 entraîneurs de 44 pays. À titre de président du comité organisateur, Bob a abandonné sa pratique médicale pendant six mois pour pouvoir planifier cet événement sportif. Pour Bob, la Torontolympiade de 1976 a été la «percée». C'était en effet la première fois que des athlètes paralysés, aveugles et amputés, pas seulement des tétraplégiques, participaient côte à côte à une même compétition sportive.

Suite au décès du Dr. Guttmann en 1980, Bob a été élu président de la Fédération internationale des Jeux de Stoke Mandeville. Il avait maintenant pour but de mettre en place une fédération regroupant les sports pour toutes les sortes de handicaps, et pour tous les pays, et ce, à temps pour les Jeux paralympiques de 1984.

Mais la motivation de Bob n'a jamais été uniquement sportive. Il croyait fondamentalement que, grâce au sport, les personnes ayant un handicap pouvaient améliorer leur estime d'eux-mêmes en surmontant les obstacles. Sa devise était : «capacité, pas handicap».