#11: Développements des Jeux multisports et des Jeux multisports pour athlètes ayant un handicap

Écrit par David Legg

La création et l'évolution de l'Association canadienne des sports en fauteuil roulant (ACSFR) a été dûe en grande partie, lors de ses premières années, à l'organisation de Jeux sportifs. On pourrait raisonnablement prétendre que la naissance de l'ACSFR a été liée à l'organisation, par Al Simpson et ses collègues, des Jeux panaméricains pour les personnes handicapées, en 1967 à Winnipeg, car c'est à ce moment-là qu'a eu lieu la genèse de l'ACSFR. Plus tard au cours de cette année-là, les Jeux du Centenaire pour athlètes en fauteuil roulant ont été organisés à Montréal, et c'est là que l'ACSFR est née officiellement et que le Dr. Robert Jackson a été élu premier président de l'Association.

L'année suivante, les premiers Jeux nationaux pour athlètes en fauteuil roulant ont eu lieu à l'Université de l'Alberta à Edmonton. Ces Jeux ont servi à sélectionner l'équipe canadienne qui a participé aux premiers Jeux paralympiques à Tel Aviv, en Israël, en 1968. Les seconds Jeux nationaux pour athlètes en fauteuil roulant ont été organisés en 1969 à l'Université McMaster de Hamilton, et ils ont été suivis de deux jeux régionaux plus petits (à cause des contraintes financières) organisés en 1970 à Halifax et à Penticton. Dans les années 1970, des Jeux nationaux pour athlètes en fauteuil roulant ont eu lieu à Montréal, Calgary, Vancouver, Winnipeg, et à nouveau Montréal.

Mais ce modèle a changé suite à l'organisation en 1976 de la Torontolympiade pour les athlètes ayant un handicap physique, car à cette occasion, l'idée d'une participation d'athlètes ayant divers handicaps a émergé. Suite à ces Jeux, le Conseil canadien des sports pour handicapés (CCSH) (qui sera éventuellement rebaptisé Fédération canadienne des organisations de sport pour handicapés (FCOSH), puis Comité paralympique canadien) a été créé, et en bout de ligne, il sera chargé d'organiser les Jeux nationaux multi-handicaps. En 1975 le CCSH n'existait pas encore, mais les dirigeants du sport pour athlètes ayant un handicap savaient néanmoins que, pour la première fois, les Jeux de 1976 allaient inclure des athlètes aveugles et des athlètes amputés. Par conséquent, l'ACSFR a organisé les premiers Jeux canadiens pour les personnes handicapées en 1975, à Cambridge, où étaient invités des athlètes ayant un handicap visuel et des athlètes amputés. L'année suivant les Jeux de 1976, les Jeux nationaux ont eu lieu à Edmonton, sous la supervision du CCSH, et en 1979, ces mêmes Jeux se sont déroulés à l'Université de la Colombie-Britannique.

Dans le programme des Jeux de 1979, le lieutenant-gouverneur de la Colombie-Britannique a écrit : «Chers amis en chariot, le simple fait que vous vous soyez inscrits à ces Jeux, certainement avec beaucoup d'enthousiasme, avec votre fauteuil roulant, m'indique que vous êtes des gens plutôt spéciaux. La raison pour laquelle vous devez utiliser un fauteuil roulant est, j'en suis certain, un énorme fardeau pour vous, et il va sans dire que vous avez toute ma sympathie à ce sujet.» Cette année-là, au programme des Jeux nationaux figuraient des disciplines comme la dartchery (tir à l'arc dont la cible est une cible de fléchettes), le slalom, le snooker, le tennis de table, le pentathlon (natation, javelot, tir, sprint en fauteuil roulant, et tir à l'arc), le volleyball et le Murderball (qui avait été récemment inventé à Winnipeg en 1977, et qui était déjà une épreuve de démonstration aux Jeux nationaux d'Edmonton en 1977). Et plusieurs autres nouvelles disciplines étaient également ajoutée au programme, notamment le tir au pistolet à air comprimé, la course de 10 000 mètres sur piste, le tir à la carabine à air comprimé, le lancer du marteau, l'escrime, et le bowling.

Les Jeux de l'UCB ont été considérés comme très réussis, mais aussi probablement comme une des dernières éditions à être organisées. En effet, Paul Dupree, le consultant de Condition physique et sport amateur, avait indiqué que le financement des Jeux nationaux serait bientôt interrompu. Cependant, les Jeux nationaux ont continué, bien qu'à une plus petite échelle, sous la supervision de la FCOHS. En 1981, les Jeux canadiens pour les personnes handicapées ont eu lieu à Scarborough, en Ontario, et les Jeux de 1983 se sont déroulés à Sudbury.

Mais dès le milieu des années 1980, l'idée d'inclure des épreuves en fauteuil roulant au sein du système sportif pour athlètes valides avait fait beaucoup de chemin. Pour ne prendre qu'un exemple, le tir à l'arc et le tir au pistolet ont été supprimés du programme des Jeux nationaux de 1985 de la FCOSH à Sault Ste. Marie, afin que leur Championnat canadien puisse avoir lieu dans le cadre d'une compétition intégrée. En conséquence, la participation des athlètes en fauteuil roulant aux Jeux nationaux de la FCOSH de 1985 a été la plus basse depuis 1976.

En 1986, les Jeux nationaux de la FCOSH ont été attribués à Brantford, et dans le cadre d'une entente de commandite, ils ont été baptisés les Jeux Foresters. Mais, même si ces Jeux ont été considérés comme mieux réussis que ceux de l'édition de Sault Ste. Marie des Jeux nationaux, ils n'ont quand même pas attiré autant d'athlètes en fauteuil roulant que l'espéraient les organisateurs, car les plus gros sports, comme le basketball et l'athlétisme, organisaient maintenant leur propre Championnat canadien distinct.

Les Jeux nationaux de la FCOSH de 1988 ont eu lieu à Richmond, en Colombie-Britannique, et à nouveau la participation a été plutôt faible. Un an plus tard, la FCOSH, ayant examiné les tendances internationales, a changé d'orientation, a modifié son nom et s'est rebaptisée le Comité paralympique canadien (CPC), qui est alors devenu l'organisme national directeur de sport, sans but lucratif, financé par le gouvernement fédéral et par des fonds privés, et reconnu par le Comité international paralympique (CIP). Le CPC a donc assumé la responsabilité de la participation du Canada au sein du mouvement paralympique, et notamment la participation du Canada aux Jeux paralympiques d'été et d'hiver, ainsi que les négociations avec d'autres organisations visant à garantir l'inclusion d'athlètes ayant un handicap à des épreuves sportives et au sein d'organismes pour athlètes valides aussi bien au Canada qu'à l'étranger. Ce passage de la FCOSH au CPC a en fait mis fin au format des Jeux nationaux multi-handicaps, et a clairement désigné l'ACSFR comme l'unique porte-parole national pour la Fédération internationale des sports en fauteuil roulant de Stoke Mandeville (ISMWSF). Ce changement, qui se reflétait aussi au niveau international, a marqué la fin des championnats du monde multi-handicaps et multi-épreuves.

Après les Jeux olympiques d'été de Séoul en 1988, la scène sportive internationale des sports pour athlètes ayant un handicap s'est de plus en plus tournée vers des compétitions inclusives, multisports ou spécifiques à un sport, comme l'athlétisme, la natation ou le basketball. Ce changement a relégué les Jeux de Stoke Mandeville (ISMWSF) à un statut de compétition de développement, et il a marqué la fin des Jeux nationaux multi-handicaps au Canada.