#49: Chantal Benoît

Écrit par Reg McClellan #4

Suite à un sondage visant à déterminer quelle était la meilleure joueuse à avoir jamais joué au basketball en fauteuil roulant, le très estimé auteur et gourou de basketball en fauteuil roulant Armand (Tip) Thiboutot a écrit un article sur Chantal Benoît dans son histoire du basketball en fauteuil roulant intitulée “Wheelchairs Can Jump” («Les athlètes en fauteuil roulant ne savent pas sauter»). Il se référait à Chantal comme une athlète de classe 4, dans laquelle elle a joué pendant la plus grande partie de sa carrière, alors que les autres athlètes atteints d'hémi-pelvectomie concouraient dans leur propre catégorie de 3.5.

Il écrivait : «Benoît était la chef de file de la dynastie féminine composant l'équipe qui a remporté une médaille d'or après l'autre aux championnats du monde et aux Jeux paralympiques au cours des années 1990 et des années 2000.»

Et il poursuivait : «véritable sportive à la vitesse exceptionnelle, Benoît était une joueuse d'équipe par excellence», puis il consacrait une demi-page à sa performance lors de la finale des Jeux paralympiques de Barcelone en 1992 où «presque à elle seule, elle a démoli l'efficacité de l'échec arrière des Américaines, se servant de sa vitesse supérieure pour libérer ses coéquipières victimes d'échecs arrière.» Elle a marqué plus de la moitié des points de son équipe dans cette partie, comme dans beaucoup d'autres, pour aider son équipe à s'adjuger sa première d'une longue série de nombreuses médailles d'or.

Benoît, qui a grandi à Beloeil au Québec, était de l'avis de tous un garçon manqué qui pratiquait toutes les sortes de sports, y compris toutes les formes de hockey, où elle voulait toujours être Maurice (Rocket) Richard. Pendant sa carrière, elle a porté son fameux numéro 9, si bien qu'on la surnommait affectueusement «Neuf». Son plus grand supporteur au pays pendant toutes ses compétitions, était son père Guy, un autre inconditionnel du numéro 9, du début à la fin, sur toutes les patinoires du Québec.

Alors qu'elle avait le potentiel de participer aux Jeux olympiques en plongeon, son parcours a dû s'arrêter alors qu'on a mal diagnostiqué une forme de cancer et que cela a conduit à devoir l'amputer. Après sa réadaptation, on lui a présenté plus tard le basketball en fauteuil roulant, et non seulement cela a réveillé ses instincts compétitifs, mais ce sport est devenu la plaque-tournante de ses activités à partir de 1983, lui procurant un moyen d'expression compétitive qui incluait des activités six ou sept jours par semaine sur les terrains, à tous les niveaux du jeu, et notamment la plupart des événements bénévoles pour ses clubs locaux (comme le programme scolaire Royal Tip-Off à Ottawa), ce que Armand (Tip) Thiboutot a dû remarquer et apprécier alors qu'il écrit : «[Elle était] possiblement la plus grande joueuse qui ait jamais joué et celle qui a le plus développé ce sport au niveau de base.»

Neuf a accédé au niveau national du basketball en fauteuil roulant à une époque où les femmes commençaient à bénéficier de subventions égales à celles des hommes au Canada. Ce facteur, combiné à l'inclusion de joueuses talentueuses comme Kendra Ohama (Gonzo) et à celle de nombreuses joueuses valides au programme de basketball en fauteuil roulant ainsi que de plusieurs entraîneurs, a donné à l'équipe féminine la formule gagnante qui lui a permis de dominer pendant la plus grande partie des années 1990 et 2000. À cette époque, les hommes et les femmes concouraient ensemble sur le terrain en compétition ouverte, aussi bien au Canada qu'aux États-Unis. Neuf et sa coéquipière de longue date Linda Kutrowski ont beaucoup aidé les Royals d'Ottawa à terminer plusieurs années parmi les quatre meilleures équipes de l'Association nationale de basketball en fauteuil roulant (NWBA), où les meilleurs athlètes masculins du Canada et des États-Unis briguaient les places de meilleurs joueurs et de meilleures équipes d'Amérique du nord.


Chantal Benoit représentant Équipe Canada au Défi Spitfire 2011

Les nombreuses compétitions nationales et internationales auxquelles Neuf a participé ont beaucoup compté quand la IWBF lui a attribué le prix Triade Médaille d'Or qui est décerné à quelqu'un qui a apporté une contribution exceptionnelle à la croissance du basketball en fauteuil roulant, aussi bien sur le plan national que sur le plan international. Les accomplissements de cette personne doivent être reconnus par une grande majorité de la communauté du basketball en fauteuil roulant, et son travail extraordinaire doit servir de modèle aux autres. Ces contributions exceptionnelles au basketball en fauteuil roulant peuvent avoir été effectuées dans n'importe quel domaine de ce sport : concourir comme athlète, entraîner, arbitrer, classifier, servir au niveau exécutif ou législatif, ou avoir produit une administration et une organisation extrêmement efficaces. Le rôle joué par le ou la récipiendaire au sein de la communauté du basketball en fauteuil roulant doit transcender ses intérêts personnel et améliorer le sport sans son ensemble.

Feue Elaine Ell, qui s'occupait des communications pour les Oilers d'Edmonton, a déjà comparé le jeu de Neuf à celui d'un joueur de la National Basketball Association (NBA), l'appelant la «Michael Jordan» du basketball en fauteuil roulant féminin.

Ayant joué avec Neuf et l'ayant entraînée pendant sa carrière, je peux affirmer qu'elle est l'une des meilleures coéquipières qu'on peut rêver avoir, et qu'elle est une joueuse polyvalente à la concentration sans faille. Elle n'est pas la meilleure tireuse, ni la meilleure passeuse, ni la meilleure dribbleuse, mais elle a le meilleur et le plus gros coeur de tous ceux et celles qui ont jamais joué à ce jeu. Comme son idole de hockey quand elle était jeune, et comme son père, elle n'a jamais commis de faute, mais elle en a subi beaucoup, à de nombreuses reprises. En compétition, elle a du feu dans le regard et dans le coeur quand l'intensité n'est pas là, et l'attitude de quelqu'un qui ne renonce jamais dans tout ce qu'elle entreprend.